Research studies

Idiomatic False Friends Between Standard Arabic, Algerian Arabic, and French: A Comparative Study and Translation Challenges

Les faux-amis idiomatiques entre l’arabe standard, l’arabe algérien et le français : étude comparative et enjeux de traduction

 

Prepared by the researche  : Yaâkoub Moumni – Mohamed Khider University, Biskra, Algeria

DAC Democratic Arabic Center GmbH

Arabic journal for Translation studies : Fourteenth Issue – January 2026

A Periodical International Journal published by the “Democratic Arab Center” Germany – Berlin

Nationales ISSN-Zentrum für Deutschland
ISSN 2750-6142
Arabic journal for translation studies

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Orcid : 0009-0001-1369-2558

Published Accepted Received
30/01/2026 07/01/2026 27/08/2025

 : 10.63939/ajts.9zmqje28

Cite this article as: Moumni, Y. (2026). Idiomatic False Friends Between Standard Arabic, Algerian Arabic, and French: A Comparative Study and Translation Challenges. Arabic Journal for Translation Studies, 5(14). https://doi.org/10.63939/ajts.9zmqje28

Abstract
This study aims to propose an extension of the reflection on the phenomenon of false friends in linguistics, taking into account not only isolated lexical units, but also integrating idiomatic expressions.

The analysis conducted here seeks to verify the existence of this phenomenon in the Algerian context and to study its impact on the foreign language teaching and learning process, as well as to determine its consequences on translation practices, the challenges it generates, and the issues that result.

In summary, it is important to emphasize that this research is conducted on two different contrastive contexts: French–Standard Arabic and French–Algerian Arabic.

This research approach has made it possible to demonstrate that idiomatic false friends are not simply a mere extension of the concept of lexical false friends, but rather mobilize complex metaphorical, pragmatic, and cultural dimensions.

Keywords: False Friends, Foreign Language Teaching, Idiomatic Expressions, Teaching & Learning, Translation
Idiomatic False Friends Between Standard Arabic, Algerian Arabic, and French: A Comparative Study and Translation Challenges
© 2026 Moumni, licensee Democratic Arabic Center. This article is published under the terms of the Creative Commons Attribution-NonCommercial 4.0 International (CC BY-NC 4.0), which permits non-commercial use of the material, appropriate credit, and indication if changes in the material were made. You can copy and redistribute the material in any medium or format as well as remix, transform, and build upon the material, provided the original work is properly cited.

 

Les faux-amis idiomatiques entre l’arabe standard, l’arabe algérien et le français : étude comparative et enjeux de traduction

Yaâkoub Moumni

Université Mohamed Khider, Biskra, Algérie

Orcid : 0009-0001-1369-2558

Publié le Accepté le Reçu le
30/01/2026 07/01/2026 27/08/2025

 : 10.63939/ajts.9zmqje28

Citez cet article : Moumni, Y. (2026). Les faux-amis idiomatiques entre l’arabe standard, l’arabe algérien et le français : étude comparative et enjeux de traduction. Arabic Journal for Translation Studies, 5(14). https://doi.org/10.63939/ajts.9zmqje28

Résumé
La présente étude vise à proposer une extension de la réflexion sur le phénomène des faux-amis en linguistique en tenant compte, non seulement, des unités lexicales isolées, mais en intégrant aussi les expressions idiomatiques. L’analyse menée ici s’attache à vérifier l’existence de ce phénomène dans le contexte algérien et d’étudier son impact sur le processus : enseignement-apprentissage des langues étrangères ainsi que la détermination de ses conséquences sur les pratiques de traduction, les défis qu’il engendre et les enjeux qui en découlent.

En somme, il convient de souligner que cette recherche est effectuée sur deux contextes contrastifs différents : français-arabe standard et français-arabe algérien. Cette démarche de recherche a permis de montrer que les faux-amis idiomatiques ne se réduisent pas uniquement à une simple extension du concept des faux-amis lexicaux, mais mobilisent des dimensions métaphoriques, pragmatiques et culturelles complexes.

Mots clés: Didactique des langues étrangères, Enseignement-apprentissage, Expressions idiomatiques, Faux-amis, Traduction
© 2026, Moumni, Licencié par: Centre Démocratique Arabe. Cet article est publié sous les termes de la licence Creative Commons Attribution-Non Commercial 4.0 International (CC BY-NC 4.0), qui autorise l’utilisation non commerciale du matériel, à condition de donner le crédit approprié et d’indiquer si des modifications ont été apportées au matériel. Vous pouvez copier et redistribuer le matériel dans n’importe quel support ou format, ainsi que le remixer, le transformer et le développer, à condition que le travail original soit correctement cité.

  1. 1. Introduction

La notion des faux-amis occupe une place importante dans la description contrastive des langues, dans les pratiques de traduction et dans la didactique des langues étrangères. Traditionnellement, on appelle « faux-amis » les unités lexicales appartenant à deux langues différentes qui présentent une similitude morphologique mais une divergence de sens. Cependant, il convient de souligner que cette notion mérite d’être étendue pour intégrer, à côté des mots simples, les expressions idiomatiques. Il s’avère que même certaines locutions apparemment semblables constituent également une source de confusion potentielle lors du passage d’une langue à l’autre. Les recherches actuelles sur les faux-amis ont été principalement centrées sur les unités lexicales alors que les expressions idiomatiques constituent, semble-t-il, un champ d’étude moins exploré.

Dans le contexte algérien, l’idée d’inclure les expressions idiomatiques dans la catégorie des « faux-amis » découle d’une observation récurrente faite lors des études comparatives en linguistique et en traduction. Cette idée s’est progressivement développée, alimentée par des exemples rencontrés lors de la traduction de certaines expressions familières en arabe dialectal algérien qui prenaient un sens très différent en français. Bien que les études se soient principalement focalisées sur les faux-amis au niveau des mots, ces unités lexicales morphologiquement similaires et sémantiquement différents, il est apparu que des incompréhensions similaires se produisaient également au niveau des expressions figées.

En étudiant ces incohérences, une idée s’est naturellement imposée sur la nécessité d’examiner ce type d’expressions idiomatiques sous le prisme des faux-amis. En repérant ces occurrences récurrentes et en prenant conscience des confusions qu’elles engendrent dans les échanges interculturels, nous nous sommes dit qu’il fallait examiner les expressions idiomatiques dans le cadre des faux-amis afin de les mieux cerner et de réduire les malentendus entre les locuteurs de français et d’arabe.

 La question principale de cette recherche porte sur les expressions idiomatiques qui existent dans deux langues différentes, en l’occurrence le français et l’arabe, qui, en dépit de leur ressemblance morphologique mènent à des confusions de sens.

La présente étude vise ainsi à identifier si ces similitudes morphologiques mènent à des malentendus linguistiques et culturels et dans quelle mesure elles affectent la compréhension et l’interprétation du sens chez les locuteurs bilingues.

L’objectif de cette recherche est double :

  • Décrire quelques types récurrents des faux-amis idiomatiques impliquant le français et l’arabe.
  • Discuter les implications de ce phénomène en sciences du langage et en traduction.

Le travail mené ici est une enquête de terrain qui vise principalement à explorer les expressions idiomatiques en français et en arabe qui pouvaient entrainer des malentendus au niveau de la signification. Cette étude repose sur un corpus hétérogène combinant plusieurs sources. La méthodologie de collecte du corpus se base principalement sur une approche descriptive et empirique articulée autour des axes suivants :

  • Observation directe : repérage de ce genre d’expressions au cours des exercices de traduction réalisée en collaboration avec les étudiants de Master 01 du Centre Universitaire de Mila.
  • Enquête de terrain : des entretiens semi-directifs ont été réalisés avec des enseignants bilingues (arabe /français) sur leur compréhension de certaines expressions figées employées en arabe algérien et en français.
  • Recherche, à partir de l’examen du dictionnaire bilingue des expressions idiomatiques en français et en arabe, les équivalents de ces expressions en arabe standard ou en arabe dialectal, afin d’évaluer dans quelle mesure elles conservent un sens similaire ou, au contraire, présentent des divergences sémantiques. (Bencherif & Moumni, 2024, pp.116-200).
  • Identification d’éventuels faux-amis parmi les expressions idiomatiques et analyse des écarts de sens susceptibles de générer des malentendus ou des erreurs d’interprétation.

Un couple d’expressions est retenu comme faux-amis dès lors qu’il présente une ressemblance morphologique et une dissymétrie de sens. L’approche que nous avons adoptée est donc à la fois comparative et socio-didactique, elle se concentre sur le comportement des locuteurs-apprenants qui ont tendance à exploiter les ressemblances perçues entre ces expressions.

  1. Les faux-amis lexicaux

Dans la tradition lexicologique, les faux-amis désignent généralement des paires de mots appartenant à deux langues différentes qui se ressemblent par leur forme ou leurs sons, mais dont les significations divergent complètement ou partiellement. Ces mots peuvent induire en erreur les apprenants des langues étrangères car ils supposent souvent que le mot de la langue cible a le même sens que celui de leur langue maternelle. L’erreur est donc due à une déduction de la part du locuteur qui suppose que la ressemblance morphologique implique nécessairement une ressemblance sémantique. (Vinay& Darbelnet, 1958, pp. 8-10 ; Koessler & Derocquigny, 1928, p.33).  Les faux-amis lexicaux peuvent être répartis en différentes sous-classes, on distingue ainsi :

2.1. Faux-amis complets

Un faux-amis complet est une unité linguistique appartenant à une langue donnée qui ressemble par sa forme à une autre unité lexicale dans une autre langue mais dont le sens est complètement différent.

Exemples de faux amis complets entre le français et l’arabe

  • Le mot « chiffre » tire son origine du terme arabe “صفر”il désigne généralement une donnée quantitative ou une information présentée sous forme d’une valeur numérique significative utilisée pour mesurer, évaluer ou rapporter un fait ; par contre, en arabe, le mot “صفر” signifie « zéro ».
  • De même pour le mot « seum » qui provient de l’arabe « سم » « poison » et qui désigne un sentiment de frustration ou de déception qui reste après un événement désagréable.
  • Le mot « potager » signifie en arabe algérien « plan de travail de cuisine », parfois appelé « comptoir de cuisine » alors qu’en français, le mot « potager » désigne un jardin destiné à la culture des légumes.

2.2. Les faux amis dans la même langue

Certes le phénomène des faux-amis est généralement étudié dans le cadre de la linguistique comparative et contrastive, mais il peut être également analysé au sein d’une même langue, on distingue ainsi :

2.2.1. Les faux amis selon les régions

Le phénomène des faux-amis en linguistique existe généralement entre deux langues différentes, cependant, ce phénomène peut exister au sein d’une même langue, en fonction des régions où elle est parlée ; c’est-à-dire qu’un mot peut revêtir des significations différentes selon l’aire géographique où il est utilisé, ce qui peut prêter confusion aux locuteurs d’une même langue. (Francard, 2010, pp. 12-15)

De nombreux exemples attestent de cette réalité dans différentes langues. En français, par exemple, certains mots n’ont pas le même sens en France et au Canada. Citron, au Canada, désigne une vieille voiture, tandis qu’en France, il fait référence au fruit. De même, dépanneur désigne une petite épicerie de quartier, alors qu’en France, le terme renvoie à un réparateur. (Poirier, 1995, pp. 15-18)

Ces variations montrent que la compréhension d’un mot ne peut se limiter à sa définition standard, mais doit tenir compte de son usage local, soulignant ainsi la richesse et la complexité des langues.

2.2.2. Les faux amis selon le temps

Le phénomène des faux-amis peut également apparaitre au sein d’une même langue à travers l’évolution sémantique des termes au fil du temps. En effet, un mot qui avait un sens à un moment donné pourrait acquérir une signification différente avec le temps, c’est le cas, par exemple, de plusieurs termes en français comme « pou » qui avait autrefois le sens de coq, ou de « épicerie » qui voulait dire le commerce des épices. Il est intéressant de connaitre ce phénomène, car il est remarquablement problématique lorsque le sens actuel d’un mot diffère de son acception d’origine, entraînant ainsi des contresens dans l’interprétation des écrits du passé. (Martinet, 1980, pp 170-175)

  1. La traduction des expressions idiomatiques

La traduction des expressions idiomatiques représente un défi majeur pour les traducteurs en raison de la nature figurative fortement ancré dans la culture de ces expressions. Le sens des expressions idiomatiques est un tout indissociable et ne peut être déduit de façon littérale en traduisant chaque mot séparément. Elles possèdent généralement des significations figurées et varient selon les langues. (Larose, 1989, p.149)

 Les traducteurs doivent, lors de la traduction des expressions idiomatiques, prendre en considération les connotations spécifiques véhiculées par ces expressions, l’intention derrière l’expression d’origine et les contextes culturels dans lesquels elles sont utilisées.  (Gross, 1996, p.152)

Il est recommandé de choisir la traduction du sens global de l’expression plutôt que de fournir une traduction littérale qui pourrait perdre sa visée ou sa signification. De temps en temps, les langues cibles auront leurs propres expressions idiomatiques équivalentes, mais dans d’autres cas, un éclaircissement ou une paraphrase peut être indispensable pour rendre le sens de l’expression plus compréhensible pour les locuteurs de la langue cible. (Lbaidi & Arrame, 2021, p.38-40)

La traduction des expressions idiomatiques nécessite donc une connaissance approfondie non seulement de la langue source et cible mais aussi de leurs cultures ; ainsi qu’une créativité linguistique pour trouver des équivalents idiomatiques adéquats dans la langue cible. La maitrise des références culturelles est donc un aspect important dans le domaine de la traduction.

Les langues sont généralement intrinsèquement complexes, tant sur le plan linguistique que culturel, il est donc nécessaire de connaitre les défis courants associés à la traduction des expressions idiomatiques. Nous présentons ci-dessous quelques défis auxquels sont confrontés les traducteurs dans leur pratique de traduction :

  • Les nuances culturelles : les expressions idiomatiques sont fortement ancrées dans la culture d’origine. Elles peuvent refléter des aspects spécifiques de la vie quotidienne, de l’histoire et des croyances d’une société. La traduction réussie d’une expression idiomatique repose sur la connaissance des référents culturels, une tâche qui s’avère difficile pour les traducteurs qui ne sont pas natifs de cette culture.
  • La connotation et le sens figuré : la connotation ou le sens figuré représentent la dimension subjective et culturelle associée à un mot ou à une expression, la traduction mot à mot mènent généralement à la perte de la signification figurée de l’expression car cela peut conduire à une interprétation erronée dans la langue cible.
  • Difficulté de trouver des équivalents : les expressions idiomatiques n’ont pas toujours d’équivalents adéquats ou directs d’une langue à une autre. Dans tels cas, les traducteurs doivent prendre en compte le facteur de la créativité linguistique pour trouver des alternatives aux expressions qu’ils veulent traduire
  • Evolution de la langue : au fil des années, les expressions idiomatiques peuvent évoluer tant dans leur forme que dans leur sens, les traducteurs doivent donc être conscients de ces évolutions pour que leurs traductions soient actuelles et pertinentes. (Durieux, 2008, pp. 52-55)

     Dans l’optique de surmonter ces enjeux, les traducteurs doivent avoir une connaissance approfondie des deux langues, ainsi qu’une excellente maitrise des cultures associées. En plus de ce que nous avons évoqué, il est essentiel pour tout traducteur d’éviter de tomber dans le piège de ce que nous avons appelé : les faux-amis idiomatiques. Nous développons ci-après ce concept avec des exemples en arabe (standard et dialectal), en français et même en anglais.

  1. Les faux-amis idiomatiques 

Notre recherche vise à analyser le phénomène des faux-amis dans les expressions idiomatiques en mettant particulièrement l’accent sur trois variétés linguistiques différentes : le français, l’arabe standard et l’arabe algérien. L’objectif de cette étude est de mieux cerner les processus qui conduisent à des confusions d’interprétation et d’examiner leurs effets sur la communication entre locuteurs de langues différentes.

Pour chaque langue ou variété de langue étudiée ; nous procéderons à l’examen d’exemples d’expressions idiomatiques en faisant ressortir les ressemblances morphologiques face aux écarts sémantiques entre les systèmes linguistiques étudiés.

Cette analyse comparative aura pour fonction d’expliquer les divergences de sens susceptible de générer confusion et erreur d’interprétation. De plus, elle éclairera les enjeux linguistiques et culturels véhiculés par ces expressions.

Le corpus que nous présentons ci-après constitue le fruit empirique de notre travail, il comprend des expressions représentatives de faux-amis idiomatiques. Chaque entrée fait l’objet d’une analyse contrastive approfondie, au-delà de la simple définition, nous expliquons les mécanismes d’interférence qui s’opèrent entre le français, l’arabe standard et l’arabe algérien.

4.1. Faux-amis idiomatiques entre français et arabe standard 

Entre l’arabe standard et le français existe une relation étroite qui remonte au Moyen-Age et perdure jusqu’à maintenant. Le contact des deux langues en question a favorisé des échanges linguistiques importants où l’on peut constater des emprunts et des enrichissements mutuels, des interférences et des calques, …. Par ailleurs, certaines similitudes dépassent le cadre des unités lexicales isolées et se retrouvent dans des structures linguistiques et des expressions idiomatiques.

Ces influences réciproques, tant sur le plan lexical que culturel, témoignent d’un héritage commun qui traverse les siècles. Il faut reconnaitre qu’il existe en arabe standard des expressions idiomatiques qui présentent des similitudes morphologiques avec le français, et qui diffèrent sur le plan sémantique.

Dans le cadre de cette analyse contrastive, nous présentons ci-dessous quelques exemples de faux-amis idiomatiques entre le français et l’arabe standard :

  • Sans doute : l’expression « sans doute » existe en arabe et en français : suite à notre interprétation erronée de l’expression idiomatique «sans doute », présente, à la fois, en français et en arabe, nous avons abordé le sujet des « faux-amis » dans les expressions idiomatiques. Pendant plusieurs années, nous avons compris cette expression comme signifiant de « certainement » ; un jour, de façon imprévue, nous nous sommes tombés sur une vidéo du linguiste français « Bernard Cerquiglini » sur YouTube, où il expliquait que cette expression peut signifier « probablement ». (Lingolia Bit, 2015)

Ce constat nous a conduits à élargir le concept des faux-amis, au lieu de limiter l’analyse aux mots isolé, il convient également d’étudier les expressions idiomatiques.

  • Coup d’œil : en arabe, cette expression (ضربة عين) signifie le fait d’avoir la conviction qu’un regard peut causer du mal, des maladies, de la malchance et même la mort, alors que la même expression désigne, en français, un regard rapide, bref et souvent furtif.
  • Compter les étoiles : en arabe, compter les étoiles (يعد النجوم) est une métaphore de la veille (ou du fait de rester éveillé) ou de l’insomnie alors qu’en français, cette expression désigne le fait d’accomplir une action impossible ou un travail quasiment infini et donc perdre du temps.
  • Les derniers temps : cette expression est employée en arabe pour exprimer l’indignation face à un évènement tandis qu’en français, elle signifie : « récemment » ou « dans une période récente ».
  • La main du destin : en français, l’expression “la main du destin” évoque une force supérieure ou une puissance invisible qui semble contrôler ou influencer le cours des événements de la vie humaine de manière mystérieuse et incontrôlable. Elle suggère que certaines circonstances de la vie échappent à la volonté humaine et sont plutôt dictées par le destin, ou la providence souvent perçu comme une force imperceptible et prédestinée. Alors que cette même expression (يد الدهر ) signifie en arabe « toujours », « perpétuellement » ; elle est souvent employée dans un contexte de négation pour se référer au sens de longue durée. (s. d.)
  • Avoir le bras long: l’expression “avoir le bras long” signifie, en français, le fait avoir beaucoup d’influence ou de pouvoir, notamment en raison de ses relations ou de son réseau. Une personne “qui a le bras long” est capable d’obtenir facilement des privilèges, des faveurs ou des résultats. Par contre, en arabe, cette même expression (يده طولى) est polysémique, elle peut désigner « voleur, rapide à agresser avec sa main » ou « ayant une immense faveur ou une énorme grâce ». (s. d.)

4.2. Faux-amis idiomatiques entre français et arabe

La langue française en Algérie a été profondément marquée par la langue arabe tant dans son lexique que dans sa culture.

Pendant la période de la colonisation française qui a duré plus de 130 ans, l’arabe, en tant que langue nationale et vernaculaire des Algériens, a interagi avec le français entrainant un enrichissement mutuel entre les deux langues.

De nombreux emprunts à l’arabe algérien ont enrichi le lexique français notamment dans le domaine de la cuisine, de la musique et de la vie quotidienne. Par ailleurs, le contact permanent entre les deux langues a donné naissance à des expressions idiomatiques et des tournures de phrases hybrides créant un discours singulier mêlant les deux cultures française et algérienne.

Il apparait que l’analyse des pratiques linguistiques en Algérie témoigne clairement de l’existence d’une variété algérienne du français intégrant des emprunts et des calques de l’arabe algérien et des langues amazighs, ce qui la différencie donc du français standard ou de celui employé en France.

L’un des aspects du français employé en Algérie est l’usage étonnant et inattendu d’expressions idiomatiques calquées ou partagé avec l’arabe algérien.

Nous présentons ci-dessous quelques exemples d’expressions idiomatiques communes aux deux langues :

  • « Cacher le soleil avec un tamis »: cette expression est très bien ancrée dans la langue française actuelle, elle tire son origine de l’arabe algérien « خبي الشمس بالغربال »   et elle est considérée comme l’un des exemples les plus illustratifs d’expressions calquées de l’arabe algérien vers le français. Elle signifie la même chose dans les deux langues, l’arabe algérien et le français.
  • « Il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas »: cette expression, également d’origine arabe « غير الجبال اللي مايتلاقاوش», signifie que le destin peut nous réserver des rencontres inattendues.
  • « Ne pas être dans son assiette » : cette expression est couramment utilisée en français, elle décrit un état de malaise général, physique ou moral. Contrairement aux cas précédents, cette expression représente un exemple d’expressions calquées du français vers l’arabe et non l’inverse. Il convient de noter que l’emploi de cette expression “ماشي في طبصيه” est limité uniquement à quelques régions en Algérie.

L’existence de ce genre d’expressions entre les deux langues met en évidence une relation entre le français et l’arabe algérien qui dépasse le simple cadre linguistique pour s’inscrire dans l’histoire et la culture des deux pays.

En synthèse, l’interaction entre le français et l’arabe en Algérie porte la marque de l’histoire coloniale, des dynamiques socioculturelles et des réalités sociolinguistiques actuelles favorisant ainsi la richesse et la complexité du paysage linguistique algérien.

Il est important de souligner qu’il arrive parfois de constater l’existence de certaines expressions idiomatiques qui, malgré leurs ressemblances morphologiques dans les deux variétés de langues, présentent des écarts sémantiques qui mènent à des confusions d’interprétation.

L’examen de notre corpus nous a permis de démontrer l’existence d’une multiplicité de cas de ce type d’expressions entre l’arabe algérien et le français.

Ces exemples d’expressions idiomatiques sont d’un intérêt particulier pour les locuteurs bilingues, car ils mettent en évidence des ressemblances surprenantes entre le français et l’arabe algérien. Il est fréquent de s’étonner de découvrir des expressions identiques dans les deux langues, tout en réalisant que leurs significations divergent parfois de manière inattendue. Voici quelques exemples illustratifs de ce phénomène :

  • Se serrer la ceinture

En français, l’expression « se serrer la ceinture » signifie réduire ses dépenses ou faire des économies. Elle est souvent utilisée pour décrire une durée de restrictions financières où il est nécessaire d’être plus prudent avec sa monnaie. Cette métaphore suggère l’idée d’une adaptation nécessaire face à des embarras économiques.

En revanche, en arabe dialectal algérien, l’expression équivalente « زير السانتورا » (qui se traduit littéralement par « se serrer la ceinture ») revêt un tout autre sens. Elle signifie s’investir pleinement dans une tâche ou un projet en y consacrant du temps, de l’énergie et parfois des sacrifices pour atteindre son but. Cette expression s’applique à divers contextes, tels que :

  • Les études : s’investir pleinement à l’apprentissage et aux révisions.
  • Le travail : s’engager sérieusement dans un projet professionnel pour en assurer la réussite.
  • Le sport : s’entraîner activement pour perfectionner ses compétences.
  • Avoir du nez

En français, l’expression « avoir du nez » signifie posséder un bon instinct, une intuition aiguisée ou avoir du flair, notamment pour anticiper les tendances ou pour détecter des opportunités cachées.

Une personne qui « a du nez » dans le domaine des affaires, par exemple, saura repérer une tendance émergente ou un produit prometteur avant les autres.

Cette expression est généralement utilisée pour mettre en valeur une disposition particulière à distinguer et à analyser les choses avec lucidité.

En revanche, en arabe algérien, l’expression équivalente « عندو النيف » (littéralement traduite « il a du nez ») revêt une signification tout à fait différente. Elle indique une personne attachée à son honneur et à sa dignité, agissant avec fierté et refuse toute forme d’humiliation ou de compromis aperçu comme honteux.

Cette différence de sens montre bien la manière dont une même image métaphorique peut transmettre des interprétations radicalement différentes d’une langue à l’autre.

  • Avoir la grosse tête

En français, l’expression « avoir la grosse tête » signifie qu’une personne se montre vaniteuse ou arrogante, c’est-à-dire qu’elle se croit supérieure aux autres et adopte une attitude présomptueuse.

En revanche, en arabe algérien, l’expression équivalente « راسو خشين » (littéralement traduite « sa tête est dure ou grosse ») a un tout autre sens. Elle signifie être têtu, c’est-à-dire manifester une ténacité excessive et obstinée dans ses opinions et refuser de changer d’avis, même face à des arguments contraires. Alors qu’en français, l’image de la « grosse tête » évoque l’orgueil.

  • Ouvrir l’œil

L’expression “ouvrir l’œil” signifie, en français, être vigilant, faire attention. Cela implique de se tenir sur ses gardes, de porter une attention singulière à son entourage ou à une situation donnée pour éviter un danger et ne pas manquer des détails importants. Cette expression est utilisée souvent pour conseiller quelqu’un d’être attentifs ou de rester conscient de ce qui se passe autour de lui.

Par exemple, on peut dire à quelqu’un : « ouvrez l’œil » lors de la conduite sous la pluie pour éviter les accidents de la route.

En arabe algérien, « ouvrir l’œil » : « حل عينك » a un sens complètement différent, elle signifie le fait d’exprimer une intention de léser ou de causer du tort à quelqu’un ou à quelque chose. Cela peut impliquer des chantages verbaux ou écrits, ou même des comportements qui suggèrent une intention agressive. Il s’agit d’une menace exprimée dans un contexte où l’on exerce une pression pour obtenir un résultat.

  • Casser les cailloux

En français, l’expression « casser les cailloux » signifie le fait d’accomplir une tâche dure souvent répétitive et harassante. Elle est fréquemment associée aux travaux physiques, tels que ceux de la construction ou de l’agriculture et imposés généralement aux prisonniers, aux bagnards, etc.

En revanche, en arabe algérien, et plus particulièrement dans certaines régions, on peut trouver l’expression « عندو الزهر اكسر لحجر », qui se traduit littéralement par « il a de la chance qui casse les cailloux ». Contrairement au français, ici, « casser les cailloux » signifie être extrêmement chanceux ou bénéficier d’un coup de chance inattendu. L’idée centrale de cette expression est paradoxale : une tâche, même perçue comme difficile peut engendrer une opportunité ou un avantage inattendu. Ce contraste illustre bien comment une même image peut véhiculer des significations opposées selon les contextes culturels et linguistiques. (Moumni, 2019, pp. 115-150).

4.3. Les faux amis idiomatiques dans les autres langues 

Suite à notre étude que nous avons menée sur les faux-amis idiomatiques, il apparait que ce phénomène est bel et bien confirmé dans les deux contextes contrastifs : français-arabe standard et français-arabe algérien. Par ailleurs, nous supposons aussi que ce phénomène pourrait s’étendre à d’autres paires de langues comme l’espagnol, l’italien, etc.

Les premières analyses comparatives entre l’anglais et le français confirment bien ce postulat ; l’identification de deux ou trois exemples de faux-amis idiomatiques entre le français et l’anglais attestent qu’il est possible d’élargir ce phénomène sur d’autres langues.

Nous citons ci-dessous quelques exemples de faux amis idiomatiques entre le français et l’anglais.

  • « to pass the exam » veut dire, en anglais, « réussir » ; alors qu’en français « passer l’examen » signifie « se présenter à l’épreuve » ou « effectuer l’examen ».
  • « to be sensible » est une expression anglaise qui signifie « être raisonnable », par contre, en français, cette même expression veut dire le fait d’avoir une capacité à ressentir des émotions ou à être touché par ce qui se passe autour de soi. (Mallet, 1993, pp. 45-48)

Il est donc primordial de connaitre le phénomène des faux-amis idiomatiques car il représente un piège qui mène directement à des erreurs de sens ou des malentendus culturels. (Benhattab, 2016, pp. 152-155)

  1. Conclusion

L’analyse approfondie de notre corpus a révélé l’existence réelle du phénomène des faux-amis idiomatiques dans les deux contextes contrastifs : français-arabe standard et français-arabe algérien. Par contraste avec une idée largement répandue, le phénomène étudié ne se manifeste pas uniquement entre des langues génétiquement apparentées ; il est même constaté dans des langues structurellement éloignées et appartenant à des familles linguistiques distinctes, comme c’est le cas pour l’arabe et le français.

Il est évident donc que la traduction des faux-amis idiomatiques peut créer des illusions sémantiques entrainant des illusions de similarité et des confusions dans leur interprétation. L’étude des deux systèmes contrastifs : français-arabe standard et français-arabe dialectal a confirmé l’hypothèse initiale sur l’existence réelle, fréquente et potentiellement problématique des faux-amis idiomatiques entre ces trois systèmes linguistiques.

Il en ressort que l’arabe algérien constitue un terrain encore plus fertile et moins exploré pour la recherche dans le domaine des faux-amis, car son vocabulaire résulte d’un long processus de contact linguistique entre le berbère, le turc, le français, etc.

A partir des cas identifiés, il est clair que les faux-amis idiomatiques ne représentent pas uniquement des similitudes morphologiques et superficielles mais ils révèlent des différences sémantiques et des dynamiques profondes liées à l’histoire sociolinguistiques de l’Algérie, à la diglossie ordinaire, au superstrat berbère et à la coexistence de plusieurs langues étrangères et identitaires.

Certains cas de faux-amis idiomatiques entre l’arabe algérien et le français montrent clairement qu’il existe une relation étroite entre les deux systèmes linguistiques et aussi comment les deux langues évoluent séparément créant ainsi des sens éloignées de leur signification d’origine. D’autres cas en arabes standard et en français entraînent des confusions chez les apprenants, c’est le cas, par exemple, des expressions comme (« sans doute » « بدون شك»  / «coup d’œil »,  « ضربة عين», pourtant identiques, sont interprétées de manière distincte. Ces malentendus, loin d’être supplémentaires, révèlent comment les locuteurs utilisent souvent des stratégies d’interprétations et de traduction qui ne sont pas toujours fiables.

Force est de constater que les faux-amis constituent, à la fois, un phénomène linguistique et cognitif, car ils impactent la façon dont les locuteurs catégorisent et associent les unités lexicales et les expressions idiomatiques dans deux systèmes linguistiques différents.

L’exploitation de ce phénomène dans le domaine de la traduction apparait primordiale car les faux-amis représentent effectivement une des principales sources d’erreurs pour les apprenants des langues étrangères qui traduisent généralement de façon intuitive et même pour les traducteurs. Leur étude permet de mettre en place des processus de vérification, des méthodes de déconstruction de l’évidence linguistique et des stratégies d’amélioration des compétences traductives et de contextualisation. Afin d’éviter les interprétations erronées, les traducteurs doivent constamment être conscients des pièges que présentent les ressemblances morphologiques de ce genre d’expressions, et s’entraîner à analyser les mots dans leur contexte linguistique et culturel.

La reconnaissance et l’identification des faux-amis idiomatiques entre l’arabe standard, l’arabe algérien et le français est devenu absolument nécessaire car il un outil fondamental pour renforcer l’efficacité, la précision, et la fiabilité des traductions, en particulier dans les domaines sensibles comme la justice, la médecine ou l’administration, où tout glissement de sens peut entraîner des résultats graves.

L’étude contrastive des langues, en l’occurrence l’arabe et le français, conçue à partir des exemples réels de faux-amis idiomatiques, participe largement à aider les apprenants à mieux comprendre les systèmes lexicaux, les éléments constitutifs liés à la dérivation, la composition, la néologie etc. en plus, les champs sémantiques, la contextualisation et les influences socioculturelles jouent un rôle important dans le processus enseignement-apprentissage des langues.

Finalement, il convient de souligner que cette recherche propose une étude approfondie du phénomène des faux-amis en linguistique et en traduction en présentant un aspect encore peu exploré : leur présence dans les expressions idiomatiques.

Le phénomène des faux-amis lexicaux ou idiomatiques ouvre des perspectives de recherche prometteuses dans le domaine de la linguistique, de la didactique ou de la traductologie. En premier lieu, il est nécessaire de confectionner des ouvrages contenant des faux-amis lexicaux ou idiomatiques en (arabe standard – arabe algérien – français) permettant de les représenter sous forme de couples, de les classer selon leur étymologie, leur degré de différence et leur ordre alphabétique, et de proposer des moyens pédagogiques pour que les apprenants des langues étrangères, les traducteurs et les enseignants puissent facilement les détecter. En plus, l’intelligence artificielle facilite grandement le processus de création de logiciels, applications, bases de données, outils d’analyse automatique, visant la détection et l’analyse des faux-amis, leur exploitation pédagogique et leur traduction.

En somme, le champ d’étude des faux amis, encore peu étudié et en pleine expansion, reste un terrain fertile et un espace fécond pour les études futures dans le domaine de la traduction, la linguistique ou la didactique. Dans cette perspective, nous espérons encourager d’autres chercheurs à élargir cette réflexion à d’autres combinaisons linguistiques, ou encore d’autres paires de langues présentant des similitudes apparentes mais des divergences sémantiques profondes.

Déclaration de conflit d’intérêts

Aucun conflit d’intérêts potentiel n’a été déclaré par l’auteur.

Références

Ouvrages

  • Bencherif, M. H., & Moumni, M. (2024). A multilingual dictionary of idiomatic expressions. Dar Bsma Ouargla.
  • Francard, M. (2010). Dictionnaire des belgicismes. Bruxelles, De Boeck,
  • Gross, G. (1996). Les expressions figées en français : Noms composés et autres locutions. Ophrys.
  • Koessler, A. M., & Derocquigny, J. (1928). Les Faux-Amis ou les trahisons du vocabulaire anglais. Librairie Vuibert.
  • Larose, R. (1989). Théories contemporaines de la traduction. Presses de l’Université du Québec.
  • Mallet, A. (1993). Les pièges du vocabulaire anglais-français. Le Robert.
  • Martinet, A. (1980). Éléments de linguistique générale (3e éd.). Armand Colin.
  • Moumni, Y. (2019). Intégration phonologique et morphologique des emprunts au français en arabe dialectal algérien (région des Ziban) [Thèse de doctorat]. Université Mohamed Khider Biskra.
  • Poirier, C. (1995). Le français québécois : usages et variétés. Presses de l’Université de Montréal.
  • Rey, A. (2010). Dictionnaire historique de la langue française. Le Robert.
  • Vinay, J.-P., & Darbelnet, J. (1958). Stylistique comparée du français et de l’anglais: Méthode de traduction. Didier.

Articles de revue

  • Benhattab, K. (2016). Les faux amis en français et en anglais : Analyse contrastive et implications didactiques. Revue des langues, 14(2), 45-62.
  • Durieux, C. (2008). Mettre la main sur le figement lexical : la démarche du traducteur. Meta : Translators’ Journal, 53(2), 324-332.
  • Lbaidi, C., & Arrame, A. (2022). La traduction des expressions idiomatiques par équivalent idiomatique. Dirassat, 24(1), 109-126.

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